Deuil : un lien qui se détache sans se briser

Nous sommes le 21 septembre. Depuis le 25 janvier, je porte un petit bracelet. Un fil rouge, tout simple. Ce fil qui ne m’a pas quitté depuis cette dernière nuit que j’ai passé avec mon frère; la nuit qui séparait définitivement son dernier anniversaire du reste de nos existences. Ce petit fil rouge fragile qui a tenu bon depuis janvier. Ce petit fil qui semblait pouvoir résister à tout vient de se briser pendant la nuit. Effiloché comme une drôle de petite araignée. C’est entre deux larmes que j’ai pris mon clavier, parce qu’il y a deux choses à partager.

Un coup surprise dans l’estomac

Vous me connaissez, je ne suis pas du genre à voir que le positif dans une situation. Moi je suis du genre à regarder l’horreur en face, lui tordre le cou, et ensuite essayer de trouver une manière amusante ou utile de parler de ce qui est arrivé. Et il n’y a rien de beau ce matin. Rien du tout. Parfois rester fort c’est pleurer tout seul chez soi dans son lit à 11h pour être capable de sourire au travail quelques heures plus tard. Mais pour ceux qui se disent « mince, j’aurais aimé le savoir pour être là pour elle ». Non. Ce moment là il m’appartient. Il n’appartient qu’à mon frère et moi.

L’impression de le perdre de nouveau

J’en parlais dans les premiers articles il y a 4/5 mois. Quand on perd quelqu’un on le perd successivement dans toutes les couches de notre vie. Et à chaque fois c’est aussi difficile que la première. Et j’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer. Ce matin, mon petit bracelet détaché fait tout aussi mal. Non, le temps n’a pas apaisé l’absence, ni les blessures. A chaque rappel, que ce soit 6 mois, un an, 8 ans plus tard, ça nous prend par surprise et ça fait mal. Et vous allez me dire « Oui, mais alors si on doit jamais en guérir, est ce que ça vaut le coup d’essayer d’aller mieux? De se battre? De s’en sortir? »

oui.

C’est un oui en gras, en blanc, et en majuscule. Et il sort de sous les doigts de quelqu’un qui est en train de pleurer parce qu’elle vient juste de voir que son dernier lien « tangible » avec son petit frère venait de se défaire tout seul alors qu’il avait résisté à 8 mois de vie intense. Oui ça vaut le coup, parce que mine de rien, on grandit autour du deuil. Il nous force à faire du tri dans la vie, à avoir ce qui mérite notre temps et ce qui le vole. Il nous permet de voir qui est vraiment là pour nous, ce qui peut nous rendre vraiment heureux. Il nous fait relativiser les obligations du monde et il met en relief le potentiel dans notre quotidien.

Ceux qui me connaissent le savent, je ne fais pas partie du joyeux groupe des gens qui voient le beau partout et tout le temps. Au contraire. Je ne suis pas du club « toute épreuve est une chance de recréer la beauté. » Non. C’est moche, c’est dur, on souffre, on en veut au reste du monde de ne pas avoir à vivre ça. On trouve le bonheur des autres injuste et parfois on trouve leur peine dérisoire. Et on a le droit. Comment celui qui n’a jamais connu la pluie peut te dire que ta maison perdue dans une inondation est une merveilleuse opportunité de recommencer à zéro ailleurs? Je vous le dis, vous qui essayez de nous dire que c’est mieux pour celui qui est parti. On a probablement eu envie de vous faire rentrer votre smartphone par les narines. (Pour les moins créatifs)

Mais en fixant mon bracelet au creux de ma main

J’ai réalisé que ce petit bracelet composé d’un seul fil s’était détaché sans se briser. Je n’ai pas réussi à comprendre exactement ce qui s’était passé. Mais le noeud était toujours là, le fil était encore complet. Mais il ne pouvait juste plus tenir à mon poignet sans tomber. Et je me suis dit « Tiens, je crois que c’est important que ça se soit passé aujourd’hui précisément, mais il a raison mon petit frère. »

Et ma peine s’est mue en petite lumière, en petite douceur sortie de nulle part. Entre deux larmes j’ai souri bêtement. Si c’est lui, si c’est lié, l’au-delà a rendu mon frère joliment poète. Il n’y avait qu’un garçon à l’âme d’architecte pour arriver à jouer ainsi avec les structures. Chapeau l’artiste !

Alors, qu’est-ce que j’ai vu en regardant ce bracelet détaché exactement au bon moment ? J’ai vu un lien qui existe toujours, un nœud solide qui nous unit toujours. Le bracelet n’est pas brisé, le lien n’est pas rompu. Ce fil qui était un peu trop serré pour tenir bon est devenu trop distendu pour rester à mon poignet. C’est devenu un lien toujours solide, mais qui doit se vivre autrement. La promesse quitte mon champ de vision, mais elle ne disparait pas pour autant. J’accepte de le laisser partir, quand c’est l’heure il faut savoir être raisonnable. Mais je garde l’espoir que tant que ce noeud reste entier, on trouvera une autre manière de communiquer, de se soutenir, jusqu’à l’heure de se retrouver. Va vivre tes aventures, mon grand petit frère ! Je lance enfin les miennes! On aurait fait une sacré équipe je le sais bien ! On le sera autrement, et on va en avoir des choses à se raconter :D.

C’est bizarre. Au final, je ne regrette pas d’avoir embrassé le deuil de mon frère de cette manière. D’avoir tenu à tout vivre intensément, sans rien pour apaiser la douleur, ni croyance pour bricoler un espoir sur le désespoir. Aucun deuil ne se ressemble vraiment, celui là continue à être une aventure. Je ne sais pas s’il y a quelque chose après la mort, et je crois que je suis contente de ne pas savoir. Mais une chose est certaine, quand la mort passe si près, elle nous change radicalement. J’en ai parlé avec beaucoup de personnes différentes, lorsque la mort nous frôle, la vision de la vie s’en retrouve définitivement changée.

Et il faut que je me rende à l’évidence. Après avoir trouvé l’amour nécessaire pour accepter son geste, il faut que je trouve celui de le laisser partir, moi aussi. La mort, sa mort me rappelle avec insistance à la vie. Ma vie. Qu’il serait effectivement temps de commencer à vivre. Faire vivre ces idées, ces projets un peu fous qui ne pouvaient naitre qu’ici, sur cette terre étrange mais fertile. La vie et la mort, autrement.

Je retourne pleurer ! Les larmes c’est de l’amour qui pique les yeux. Et de l’amour pour mon frère, vivant ou mort. J’en ai plein.

A bientôt ♥

Cet amour
Est immortel
Vie et mort ensemble
Sans le sol
Pour prendre racine
C'est ça l'amour
Sans peur

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

Une réponse à « Deuil : un lien qui se détache sans se briser »

  1. Nous sommes reliés par le fil d’ ariane que nous avions tissé…
    Cet Amour qui nous unissait ne s’ éteindra jamais …

    Pour le moment nous pleurons dans notre désert de souffrance, des larmes d’ argent; pureté de Lumière Lunaire afin d’ arroser la graine d’ une nouvelle germination.

    Il sera le Soleil qui nous fera grandir…

    Un jour, nous nous retrouverons et reformerons ce lien qui nous unissait !

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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