Un peu prise de cours par le retour de certaines émotions, je tournais autour du prochain article sans vraiment trouver l’angle d’attaque. Et avec le naufrage tragique du Maranello, je me suis souvenue que beaucoup avant moi ont comparé le deuil aux vagues. Le chagrin n’est pas linéaire, et s’il est cyclique, c’est selon un rythme qui lui est propre. La marée est très ponctuelle, et souvent à la hauteur où on l’attend en fonction de son coefficient. Mais les vagues, elles, sont influencées par les bateaux qui passent, la force et le sens du vent. Alors je vous amène avec moi sur cette petite barque qui ne s’attendait pas à être ainsi ramenée vers le large.
Les vagues du deuil
Comme vous l’avez compris, je ne suis pas la seule à parler de vagues lorsque j’évoque le deuil. Il y a certes une partie très personnelle. J’aime la mer. Mais soyons honnêtes, je suis un peu comme Denez Prigent, je l’aime du port. Ou du bord de la plage. J’aime la regarder plutôt que la braver. Mais quand on perd quelqu’un malheureusement, on ne peut pas regarder le deuil du rivage et se dire que c’est beau quand même tout ça.
Non. Quand on perd quelqu’un on est sur la mer, très probablement un jour de grand vent, et très probablement de brouillard. Parce que après tout, pourquoi pas. Et pire encore, on est pas trop certains que le bateau a été pensé pour aller si loin par si gros temps. On entend des planches craquer, on espère que c’est une vue de l’esprit. On voit de l’eau rentrer, on espère que c’est la pluie. Enfin non, on ne sait plus trop ce qu’on espère.
Quand on va un peu mieux, on arrive à retrouver la terre ferme quelques jours. On tangue, on hésite un peu, mais on peut se reposer quelques jours. Retrouver ceux qu’on aime, ceux qui nous aiment. J’aime à penser que le deuil c’est ces jours où on est à terre avec ses amis et sa famille, et ceux où on navigue à vue dans le brouillard sur une mer capricieuse. Parfois on cligne des yeux et on se réveille sur le bateau alors qu’on avait plein de super rendez-vous de prévus dans la semaine.
Maintenant, on se rapproche dangereusement des un an. Je sais que ça va être une période compliquée. Je sais que je vais me retrouver souvent sur cette barque que j’ai appris à connaître plutôt bien. Mais pour le moment, je trouvais que je m’en sortais plutôt « pas trop mal ». On reprend des repères petit à petit. Je trouve cette illustration plutôt à propos :
C’est pas parfait, mais à force on commence petit a petit à créer une nouvelle forme d’équilibre. On trouve des petits repères en attendant de pouvoir s’en fabriquer des plus grands. On ne va pas encore mieux, mais on tient à peu près droit. Comme j’aime le dire souvent « on bricole » en attendant de retrouver un peu de sens à la vie. A sa vie.
La lame de fond
Et puis il y a les lames de fond !
« Une lame de fond est le déferlement d’une ou plusieurs vagues d’une taille considérablement plus grande que les autres, susceptible de provoquer des noyades et des destructions sur le rivage sur lequel elles s’abattent. Ces vagues sont particulièrement redoutées en Bretagne et sur les côtes atlantiques, où elles peuvent emporter des personnes ou endommager les installations côtières sans signe avant-coureur visible en surface. » – Wikipedia
J’insiste surtout sur cette idée de « sans signe avant-coureur ». A postériori, on peut tout annoncer sans se tromper. « Moi je savais ». « J’aurais dû m’en douter ». « J’aurais dû le voir venir ». Non. Et justement, on peut s’en vouloir de ne rien avoir vu venir. Mais c’est comme ça, on peut faire quelque chose, penser à autre chose, et avoir ce fichu flashback, cette pensée intrusive qui revient comme un coup de massue.
Quand un souvenir est activé par le contexte.
C’était plutôt les premiers mois de mon côté, mais ça continue à arriver et à faire mal différemment. Quand quelqu’un d’autre porte son prénom, je tourne encore la tête pour voir si c’est celui de mon frère. Quand on me parle de quelque chose qu’il aimait, j’ai un petit pincement au cœur, parce que je ne pourrai pas les présenter. Quand plusieurs souvenirs sont réactivés, plus ou moins par hasard, on peut terminer la journée plus mélancolique qu’on ne l’a commencé. On allait bien, et tout nous rappelle qu’il n’est plus là. Et on retourne voguer dans les eaux du deuil, loin de la côte.
Quand le cerveau trie sans prévenir
J’en ai parlé dans d’autres articles, mais le cerveau fait son petit bricolage lui aussi. Il traite les informations les plus difficiles au fur et à mesure pour ne pas nous brusquer. C’est pour ça que parfois les premiers mois on sombre dans le déni ou l’indifférence avant de devenir plus mélancolique ou plus sensible. Quand c’est trop dur, il bloque tout. Et au fur et à mesure il ouvre quelques vannes. Seulement voilà, on commence à rêver de la personne qu’on a perdu. On y pense plus souvent, on y pense autrement. Et on peut retourner voguer dans ces eaux du deuil alors qu’on commençait à être un peu plus fort.
Quand on fatigue ou que le stress se cumule
Je crois que c’est cette lame la qui a eu ma peau à la fin de l’été. Le cumul de la saison d’été. La chaleur, la fatigue, le stress cumulé, l’incertitude pour la suite. L’hiver qui approche et « l’anniversaire des un an » qui en fait tout autant. J’ai tenu l’hiver, j’ai souri, j’ai profité de la musique, des chants, des couchers de soleil sur la mer que j’aime toujours autant. Et un soir, alors que j’avais des projets et des idées, j’ai été ramenée vers le large. Sans la barque. Heureusement, je crois que la mer m’aime bien. Mais j’ai été surprise de la violence de cette tristesse sourde et aveugle. Sortie de nulle part, la lame de fond m’a ravie au sable pour m’amener un peu plus loin, voir si on avait appris à nager entre temps.
On a beau savoir que ça pourra arriver, on aura beau savoir que ça arrive et que c’est normal ça n’empêche pas toujours de se faire avoir. Et le pire, je crois, c’est que se méfier n’en protège pas non plus. Comme on l’a dit, le deuil c’est comme les vagues. Une partie a l’air prévisible, mais parfois ça sort de nulle part. Alors le mieux qu’on puisse faire, je suppose, c’est avoir toujours une petite bouée avec soi. Une personne ressource, une association de soutien, un professionnel joignable. Les trois, pourquoi pas. Trois bouées valent mieux qu’une, surtout à l’approche de l’hiver. La luminosité joue sur le moral, et s’il est déjà fragilisé, il faut faire attention à soi encore un peu plus fort.
Et si vous connaissez quelqu’un qui risque rechuter avec l’hiver qui approche : prenez de ses nouvelles, soyez vigilants. Un petit message, un petit coucou, un petit quelque chose ça ne prend pas longtemps et ça peut sauver des vies.
Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

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