Comme j’approche (une seconde fois) du sixième mois de deuil tout en ayant étudié le processus avant, je me permets de vous partager une confirmation. Effectivement, il se passe bien deux choses bien distinctes mais particulièrement liées vers le 6è mois de deuil. Et ces deux éléments ne font absolument pas bon ménage. Surtout si on est pas suivi, ou très mal entouré. Contrairement à la grossesse qui est de plus en plus visible avec le temps, le deuil lui tend à perdre en visibilité au fur et à mesure. Et c’est également à peu près la période ou on a perdu les amis qu’on devait perdre, qu’un nouveau « soi » commence à se dessiner. Que le corps finit d’intégrer « tout à fait » la mort de notre proche, et que le cerveau a recommencé à harmonier les nouveaux éléments pour que l’ensemble ait l’air cohérent. Vous me voyez venir. Ce n’est pas une conjoncture facile, ni heureuse.
Au sixième mois, les autres sont passés à autre chose.
Comme le second point et un peu plus intime, je commence par l’aspect social et « plus léger » de la question du sixième mois de deuil. Après 6 mois, la vie des autres a continué comme avant. Et comme il y a déjà eu 183 jours depuis qu’ils ont appris ce qui vous était arrivé, ils ont tendance à oublier un peu. Et c’est normal ! Ils ont leur quotidien, leurs ennuis, leurs préoccupations. La vie continue pour eux aussi, même si la votre s’est plus ou moins arrêtée en même temps que le départ de votre proche.
Et c’est une période qui me faisait un peu peur, parce que je redoute toujours d’entendre les gens que j’aime me dire que franchement ça fait 6 mois, je devrais déjà aller mieux quand même. Encore une fois, comme si ce n’était « pas si grave que ça après tout ». Maintenant que ça fait six mois, les gens ne pensent même plus au fait que ça nous soit arrivé en début d’année. C’est un peu comme si ça n’avait jamais existé. Et c’est normal, ça ne fait partie que des « détails de la vie des autres », ce n’est pas devenu une partie intégrante de leur être. J’ai vu beaucoup de personnes ayant connu un deuil exprimer avec leurs mots que « La vie des autres continue, la notre s’arrête et on ne retrouve plus jamais vraiment ce sentiment d’appartenance à la société, ou notre cercle social. »
A 6 mois on approche du moment où tout le monde se dit que « c’est bon c’est passé ». Que si on était encore tristes, on aurait l’air tristes ! Mais que comme on recommence à rigoler, qu’on fait des choses et qu’on sourit c’est que ça va, donc plus besoin d’en parler ni de faire attention !
Et c’est là que le décalage entre soi et les autres se creuse un peu plus.
Parce que au sixième mois, le corps finit d’intégrer le décès.
Et c’est très souvent une période de rechute.
Alors, ce n’est pas une science exacte et parfaitement chronométrée. On ne se réveille pas au jour anniversaire 6 mois plus tard en se disant « Oh ça y est, mon corps a intégré l’absence de mon proche disparu ». Chez certains ça arrive plus tôt, d’autres plus tard. Chez certains c’est discret, et chez d’autres c’est particulièrement virulent.
» Selon la littérature et l’observation clinique, au sixième mois, la personne en deuil peut même avoir l’impression de perdre du terrain, de rechuter ; la courbe descendante annonce toutefois une remontée, parfois lente, mais elle précède une poussée vers l’apaisement. Si les symptômes perdurent de façon intense après les six premiers mois, une consultation psychologique permettra d’évaluer la situation et de réduire le risque d’aggraver son équilibre. Par ailleurs, dans plusieurs cas, une consultation précoce peut s’avérer bénéfique ou préventive. Il en est de même pour un avis médical qui peut aussi rassurer sur les symptômes physiques qui, avant le deuil, nous étaient étrangers. » C’est très bien décrit ici
Vers les 6 mois on peut avoir l’impression de rechuter, de revenir en arrière, de retrouver les pensées déprimantes et les flash-back intrusifs. On recommence à rêver d’eux (si on avait arrêté un jour), on recommence à avoir de la peine quand on entend leur prénom ou qu’on croise quelqu’un qui leur ressemble. On se dit « mince, j’en sortirai jamais de cette tristesse infinie ».
L’être humain est fait de cette manière. On intègre les idées mentalement d’abord, puis on les laisse faire leur chemin jusqu’à ce que le corps les intègre à son tour. Et une fois que l’idée est intégrée mentalement et physiquement, on peut intégrer la prochaine à son tour et avancer avec la version « à jour » des évènements. C’est un processus fascinant. Et c’est grâce/à cause de ça que parfois on a l’air de revenir en arrière quand on essaie d’avancer. C’est juste le temps de l’intégration des informations à un autre niveau.
On avance quand même en marche arrière !
Et ça provoque une dissonance cognitive.
Mon concept préféré, parce qu’il explique beaucoup de réactions étranges et de comportements humains incohérents. En plus des processus normaux du deuil, il se crée alors un conflit entre la réalité des choses, les pensées internes et le script de la société.
Dans notre corps : « Je rechute, il me manque, je recommence à pleurer à cause de certains mots, personnes croisées, je recommence à déprimer. Mon corps ralentit, j’ai des coups de mou je redeviens un peu fragile, j’ai besoin de douceur. «
Dans notre tête : « Je ne comprends pas, je pensais aller mieux, ils me manquent toujours terriblement, mais le tri été fait dans mon cercle social, dans mes priorités, je recommence à essayer d’aller de l’avant. Je sais qu’ils ne reviendront pas, je le sais pourtant qu’il faut continuer à avancer. »
Dans la société : « Bon, bah ça fait 6 mois, franchement c’est long 6 mois, ils ont raison, je devrais déjà aller mieux. Quand on est fort on met pas 6 mois à se remettre de quelque chose, on repart directement de l’avant pour pas trop penser ni réfléchir »
Et on ne sait plus qui a raison. Notre corps ? Notre tête ? La société? Et ça nous rajoute une couche de culpabilité et de doute sur le processus naturel de deuil déjà relativement chaotique.
Au secours ?
Pas de panique ! Déjà je vais commencer par l’écrire en gros et en gras :
C’est normal.
Ce n’est pas agréable, mais c’est normal de se sentir en décalage, c’est normal d’avoir une rechute à cette période. C’est même normal d’avoir des rechutes pendant des années. Il n’y a pas de calendrier pour faire son deuil comme il faut. Et encore mieux on est même pas obligés d’avoir un « deuil propre et parfait » pour faire plaisir aux autres.
Non. Le deuil est intime, personnel, et il n’a pas à faire semblant pour que les autres se sentent mieux. Le deuil c’est notre rapport à l’amour, la mort, la vie qui s’entrechoquent à coup d’épées et nous sentons les symptômes à chaque fois que le fer s’entrechoque. Parfois au cœur de la nuit, parfois même ça brise un éclat de rire.
Le deuil a cette faculté surprenante de nous rendre à la fois étranger à nous même, et plus « nous » que nous ne l’avions jamais été avant de faire sa rencontre. Il nous rend à la fois moins et plus forts. Plus humains, moins candides. Il nous rend plus sensible à certaines choses et plus hermétiques à d’autres.
Alors, surtout, faites vous accompagner par un professionnel, ne parcourez pas ce chemin seuls. Mais surtout, donnez vous le temps dont vous avez besoin pour parcourir ce chemin. Ne vous sentez pas coupables de ne pas passer à autre chose assez vite. Ne vous sentez pas coupables d’avoir besoin d’aide, de douceur et de limiter les sources d’angoisse et de stress pendant cette période difficile. Enfin, si. Sentez vous coupable si c’est plus fort que vous. Mais rappelez vous que vous traversez quelque chose de très difficile, de profondément transformateur et qui touche énormément d’aspects de votre vie en même temps, sans vous demander votre avis ni vous proposer de manuel pour faire ça comme il faut.
Le deuil c’est probablement une des seules expériences humaines universelles. La seule expérience qui peut nous rassembler, qui que nous soyons. Alors donnez vous le temps, pardonnez vous les rechutes, et si vous le pouvez, entourez vous de choses qui rassurent, qui vous tirent vers le haut. Et de gens qui vous aiment, vous respectent, et n’essaient pas de vous faire aller plus vite que vous n’en avez besoin. Ceux qui ont déjà traversé ça comprendront, et les autres en feront l’expérience plus tard, et ils comprendront aussi.
Prenez ce temps pour vous.
Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.
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