Pratiques funéraires: la veillée Irlandaise

Dans notre société moderne, quand on pense aux funérailles, on a souvent la même image en tête : pompes funèbres, église, cimetière, retour à la maison seul avec sa peine. Et c’est normal, c’est un sujet difficile, une épreuve compliquée à laquelle on est jamais vraiment prêts. Ce n’est jamais le moment, c’est vrai. Mais pour la cérémonie funéraire, il existe en fait beaucoup plus d’options que celles auxquelles on pense. Cérémonies personnalisées, urnes cinéraires d’artistes, mosaïques , dispersion en pleine mer, dans la nature. Du religieux, du laïque, les options sont nombreuses. Et je vais vous parler aujourd’hui d’une pratique qui me parle beaucoup, et que j’ai choisi pour l’enterrement de mon frère.

La veillée Irlandaise : Origine.

Bien que l’Irlande du Sud fasse partie de l’union européenne, et que cette culture soit plutôt proche de la notre, elle a cette particularité d’avoir un rapport à la mort très particulier. On peut retrouver ce rapport singulier à l’autre monde en Bretagne également, et vous allez voir que dans ces célébrations de la mort, on chante surtout beaucoup la vie. Il est difficile de déterminer un lieu et une date d’origine de ces pratiques, mais il est fort probable qu’elles datent d’avant la christianisation de l’Irlande. Alors, sans plus attendre, comme dirait le Docteur : Allons-y!

La veillée Irlandaise : Le concept.

La veillée funéraire Irlandaise célèbre la vie du défunt, et permet à tous ceux qui l’ont connu de se rassembler dans l’épreuve. On chante, on joue, on danse, on rigole, on boit du Whisky. Et on peut aller parler avec le défunt qui se trouve littéralement dans la pièce d’à côté. On peut trouver quelques similarités avec les pratiques funéraires en Bretagne. Ce qui n’est pas surprenant au vu de l’aspect « Celtisant » des deux cultures.

On veille le mort. Que ce soit par sympathie pour la famille, pour soi, ou par superstition. L’idée est de passer la nuit avec le mort et sa famille. Etre là pour lui, protéger son âme jusqu’au grand départ, et être là pour la famille qui perd un être cher.

On mange, on boit, on chante. Les chants permettent de créer l’unité et accompagner l’âme du défunt. Les jeux permettent à beaucoup de ne pas pleurer. L’alcool est probablement une bonne excuse à invoquer si l’on est quand même surpris à pleurer. La nourriture console, c’est bien connu.

On a pas peur de parler du défunt. C’est justement ce qui fait la beauté de ces moments. Souvent avec de la poésie ou des petits discours. Des blagues ou des petits textes. Ce type de veillée est fait pour honorer la vie de celui qu’on a perdu. Parler de toutes ces expression, phrases, idées et objets qu’on gardera de lui, et qu’on continuera à dire ou utiliser en sa mémoire.

On parle avec le défunt. Le fait de conserver le corps et le cercueil dans la maison toute la nuit permet de parler avec le mort. On peut lui dire tout ce qu’on a sur le coeur, tout ce qu’on voudrait qu’il entende avant de partir. Et c’est quelque chose de très important, même symboliquement. Toutes ces choses qu’on peut dire en étant dans la même pièce donne l’impression d’avoir été entendu. Et si on peut toujours s’adresser au ciel, à la mer et aux étoiles pour leur parler plus tard, le faire en présence du corps offre une forme de consolation différente.

La veillée Irlandaise: les superstitions

Une petite partie sur les superstitions liées à la pratique, que vous pouvez retrouver en plus développé ici dans cet article.

  • Couvrir les miroirs pour que l’âme ne soit pas prisonnière.
  • Ouvrir une fenêtre immédiatement après le décès.
  • Arrêter les horloges.
  • Le « sin-eater » qui mange le péché du défunt.
  • Les pièces sur les yeux du défunt pour payer la traversée dans l’autre monde.
  • Le cri des banshees qui annonce la mort à venir.
  • Allumer des bougies autour du corps.
  • Sortir le corps du défunt les pieds en premier pour que son esprit ne revienne pas. Et les chaises retournées.

Encore une fois, on peut trouver des similitudes avec le folklore Breton. L’Ankou, les intersignes, et le fait de ne pas faire la poussière tant que le corps est dans la maison pour ne pas que l’âme s’y accroche et soit piégée.

La veillée Irlandaise : une pratique funéraire à adopter?

Si je parle de cette pratique, c’est que j’ai pu l’expérimenter pour rendre un dernier hommage à mon frère. Et je me suis rendue compte de pourquoi ce type de cérémonie avait perduré aussi longtemps.

Elle permet de parler à son défunt. Que ce soit chez soi, dans le cercueil, ou en maison funéraire. Effectivement, on peut être mal à l’aise à l’idée de se tenir proche d’un mort. Mais ça permet de dire tout ce qu’on a sur le cœur en direct, la dernière fois où c’est encore possible. Et avec le recul, c’est important.

Elle permet de célébrer la vie de celui qu’on aimé. Et ça, quand on le perd, c’est important. Tout ce qu’il a été, tout ce qu’il laisse derrière lui. Parler avec ceux qui sont là de tout ce qui a contribué à faire de lui une personne extraordinaire qui nous manque tellement.

Elle permet de se sentir entouré. Et c’est très important dans ces moments difficiles de retrouver un sens de l’appartenance, de la communauté. Ce moment où on mange, on rit, on joue, on récite de la poésie, il est important. C’est un moment où on voit que dans le malheur il y a des gens qui prennent le temps d’être là pour nous. Et si seul on va plus vite, ensemble on va toujours plus loin.

Elle permet de faire quelque chose pour le passage. Et c’est important, dans un moment ou la culpabilité nous attend à chaque coin de pensée. Pouvoir faire quelque chose pour « veiller sur le passage », lorsqu’on a pas pu être là pour la personne de son vivant, ça permet de se dire qu’on a fait quelque chose. Et sur le moyen et le long terme, je peux vous promettre que ça fait une différence qui vaut le malaise de la situation.

Plus d’informations sur l’Irish Wake sur le site de L’irish Wake Museum de Waterford

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

2 réponses à « Pratiques funéraires: la veillée Irlandaise »

  1. merci pour cet écrit et surtout pour ce temps offert à ton frère .

    promis je n’ai pas toucher à la poussière lors de ce temps de deuil pour nous

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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