Deuil : Chaque première fois fait autant de mal que la précédente.

Vous l’avez probablement lu, ou entendu, ou essayé de le penser : après la mort, la vie continue. Et j e vais vous avouer quelque chose, à trois mois de la mort de mon frère, c’est une phrase qui me donne encore envie de coller des claques. Mais c’est vrai. Il faut reprendre le fil des choses. Revenir dans la vie « normale ». Et c’est un peu comme essayer d’avancer dans de la mélasse. Chaque pas prend infiniment plus d’énergie, parce que tout semble nous tirer en arrière. Chaque première fois est un déchirement. Le premier mois. Le premier anniversaire. La première fois qu’on retourne dans son restau préféré. La première fois qu’on tombe sur un livre qu’il aimait citer.

Continuer à contre coeur.

C’est normal. Normal d’avoir du mal à revenir dans « la vie normale ». C’est normal de ne pas vouloir le faire. C’est normal de prendre une pause dans la réalité quand on perd quelqu’un d’aussi proche. La mort c’est un choc, c’est un autre aspect de la vie qui toque à la porte et auquel on est pas toujours préparé. Elle ne tombe jamais au bon moment, on se dit toujours qu’on a du temps avant qu’elle arrive.

Personnellement j’ai eu un gros moment de « à quoi bon vivre ». Parce que après tout c’est vrai. On passe du temps au travail, pour rentrer oublier qu’on est pas heureux dans son travail. Parfois on boit en espérant que ça apporte un peu de joie ou de légèreté. Et puis on est déjà le lundi d’après. Alors franchement, si on doit disparaitre comme ça, sans prévenir et trop tôt. A quoi bon se forcer à sourire? A quoi bon se forcer à quoi que ce soit d’ailleurs?

Il n’y a pas de timeline.

Et c’est le pire je crois. On ne peut pas vraiment se dire « Allez, tiens bon pendant 3 mois et ça ira mieux. » Non. On ne s’en remet jamais vraiment, et il n’y a pas de manuel du deuil. C’est comme les marées. Et chez moi c’est même comme les grandes marées. On ne sait jamais si ça sera une journée pleine ou basse mer. Ni à quel point la mer va se retirer (ou déborder). Alors on ne prévoit pas trop de choses pour s’occuper. Parce qu’une journée de pleine mer risque occasionner trois de basse mer. C’est une danse comme une autre. Un pas en avant, trois pas en arrière.

Heureusement, c’est normal.

Alors je sais, ça ne console pas entièrement. Mais c’est quand même une consolation. De savoir que c’est normal d’aller mieux, puis moins bien. D’avoir des jours où on avance, et de passer des semaines à déprimer au fond de son lit. Que c’est normal de gérer ça comme on peut, au mieux. De se rapprocher de certains, de s’éloigner d’autres. De s’enfoncer encore plus dans son quotidien, ou de changer radicalement de vie. Il n’y a pas de choses plus normales que d’autres quand on traverse ce genre d’épreuve.

Mais ce n’est pas parce qu’on tombe une fois qu’il ne faut plus jamais essayer de marcher. Ce n’est pas parce qu’on a une mauvaise note une fois dans sa vie qu’il faut abandonner la matière qu’on étudie.

Après la première fois, la seconde, puis les autres.

Parce que c’est ça le secret. Quand on tombe, c’est qu’on a essayé d’avancer. Et si vous vous rendez compte que faire quelque chose de nouveau pour la première fois, c’est l’étincelle de vie qui recommence à briller. Chaque première fois depuis la disparition de son proche est difficile. On essaie de se forcer à sourire – ou pas – et on se rend compte que c’est plus comme avant.

« La mélancolie dans le sens antique permettait de vivre le deuil, se dépasser ou encore de trouver un sens à la vie, en d’autres termes, c’est un passage en temps de crise (qui n’aboutit pas toujours à un résultat négatif). Et c’est là que la mélancolie prétend dépasser ces états de tristesses.«  La mélancolie sur Wikipédia

Mais justement. On peut en faire quelque chose de nouveau. Quelque chose de différent, justement parce qu’on a connu cette personne qui nous manque. Chaque premier pas dans cette direction est difficile, il colle à la peau il tord le cœur. Mais quand la peine vive et aigüe commence à se transformer en mélancolie, on peut donner une autre teinte à notre vie toute entière.

Je ne vous souhaite pas du courage, je sais que vous en avez. Mais je vous souhaite de pouvoir vous offrir ce temps dont vous avez besoin pendant cette épreuve qui revêt malgré tout un fort aspect symbolique et sacré. La mort nous transforme tous. Les disparus et les vivants.

Avec tout mon amour ♥

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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