Depuis la mort de mon frère, j’ai souvent entendu la même phrase revenir en boucle. Elle part d’une très bonne intention, mais je ne suis pas certaine qu’elle soit une vraie bonne idée. « Fais des choses, occupe toi pour te changer les idées ». On peut se changer les idées pour oublier les petits tracas. Faire du sport pour faire taire son anxiété. Mais est-ce un bon conseil lorsque la mort vient de frapper à la porte ?
Oui, il faut faire des choses.
Comme pour toute question, il y a deux réponses : oui, et non. Ou encore ma préférée : ça dépend.
Oui, il faut faire des choses, même quand on vient d’apprendre la mort de quelqu’un. Oui c’est important de faire des choses, de voir des gens. Parfois c’est même utile de « ‘faire un peu comme avant » pour s’accrocher à quelque chose le temps de trouver mieux. Oui, il faut faire des choses et remettre un peu de vie dans le choc, la tristesse et l’annonce de la mort. C’est important de ne pas juste rester dans une pièce sombre à ressasser les mêmes pensées, les mêmes regrets.
Voir du monde.
Voir du monde, dans ces moments là, c’est important. Il faut cependant faire attention à ne pas vouloir aller trop vite et voir trop de monde d’un seul coup. On est vulnérable, fragile lorsqu’on est en deuil. Parfois on se réveille en trouvant que ça va, mais souvent ça s’émousse assez rapidement. On peut se trouver en sur-stimulation ou en hyper-vigilance
Faire des choses agréables.
Je trouve, avec le recul, qu’il y a une part de sacré et de nécessaire dans le silence qui suit la mort de quelqu’un qu’on aime. Le temps du silence qui permet de se poser avec sa peine. C’est très inconfortable mais c’est le seul moyen, le seul temps qu’on peut se donner. Et qu’il est sain de se donner.
Faire des choses Normales, ou presque
Dans ces moments de silence on refait l’histoire à l’envers. On cherche des indices, on essaie de comprendre. Mais surtout on se sent coupable. « Mais non, c’est pas ta faute ». Et plus on entend que c’est pas de notre faute, plus on trouve que ça l’est. En tout cas, vu les circonstances du décès, plus on essayait de me faire comprendre que ce n’était pas de ma faute, plus ça le redevenait.
Et on essaie de donner du sens a ce qui s’est passé. Mais surtout, on lutte pour donner du sens à la vie de ceux qui restent. Ou à ceux qui restent en vie. Je n’ai jamais réussi à trouver dans quel ordre. On cherche des indices qu’ils auraient pu laisser pour nous. On essaie de comprendre si ça aurait pu être évité. On pense à toutes les choses qu’on aurait dit si on avait su que bientôt on ne pourrait plus jamais le faire. Toutes ces choses qu’on aurait aimé faire avec eux avant qu’ils ne partent. C’est un mélange très désagréable de regrets, de culpabilité, et de mots sans destinataires.
Non, il ne faut pas se dépêcher de passer à autre chose.
Oui, il faut reprendre goût à la vie lentement. Mais non il ne faut pas vouloir aller trop vite. Il ne faut pas confondre vitesse et précipitation, comme on dit. Fluctuat nec Mergitur. On tangue encore un peu, même si on ne coule pas à pic.
Pourquoi est-ce que je vous dis qu’il faut prendre son temps. Il y a plusieurs raisons, et cela varie bien entendu d’un caractère à un autre, d’un deuil à un autre. Quelques pistes pour vous aiguiller.
Occulter le deuil peut causer une rechute tardive
La première raison, c’est que si on se force à aller mieux trop tôt, quoi qu’il en coûte, il risque justement nous en coûter. Si on se force à tout mettre de côté, tout ignorer, il y a de très fortes chances que 3 ou 6 mois plus tard, ces choses là reviennent nous hanter, plus fort, et sans crier gare. Très souvent au mauvais moment. Quand on trouve qu’on s’en sort pas si mal, qu’en fait ça va. Voyez ça comme des intérêts. Plus vous attendez pour traiter ces problèmes, ces émotions, le vide que ça crée, et plus ça reviendra démultiplié plus tard. Sous une autre forme. Avec un autre objet de projection. Souvent, ça prend la forme d’une maladie.
Reconstruire du sens dans l’épreuve pièce par pièce, pour survivre au drame.
La formulation est peut-être un peu légère, mais ce n’est pas dans le confort qu’on change sa manière de voir les choses. Quand tout va bien, ou à peu près, on peut continuer encore un peu plus longtemps comme ça. Mais quand la mort frappe à la porte, que nos croyances, nos convictions et nos vies volent en éclat. Là. Là on se pose des question, on change les choses de place. On réalise que certaines priorités n’en sont peut-être pas face à ce genre d’évènement.
Un décès cause un choc. Prendre soin de soi est important.
Nous sommes dans une société dans laquelle il est possible de prendre du temps pour prendre soi de soi. Autant ne pas se priver, surtout dans un moment difficile à traverser. Face à des petites déconvenues il n’y a rien de mal à se retrousser les manches et retourner « au combat », mais face à la mort le corps se met dans un état particulier et l’esprit le suit de près.
Alors surtout prenez soin de vous, faites vous accompagner par un professionnel de santé, je ferai un article sur le sujet bientôt. Privilégiez un psychiatre si votre détresse met votre intégrité en danger, ou un psychologue si vous avez besoin d’outils, plus que d’anxiolytiques. (Attention cependant, le titre de psychopraticien n’est pas encadré et ne nécessite ni formation ni diplôme. En cas de détresse et de vulnérabilité, préférez un professionnel reconnu dont la pratique est encadrée.)Et surtout, si le premier ne vous convient pas, n’hésitez pas à essayer de trouver un autre professionnel qui vous conviendrait mieux.
Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.
Laisser un commentaire