Traverser le deuil : perdre un proche puis ses amis.

En me renseignant sur les conséquences les plus fréquentes du deuil, je suis tombée sur beaucoup de témoignages qui expliquaient avoir perdu leurs repères, leur identité, et surtout leurs amis. Et je dois avouer que je me suis dit un peu naïvement que ça ne m’arriverait pas. J’avais construit des amitiés solides dans l’adversité, et je pensais que mon cercle était plutôt solide. Et deux mois plus tard, je réalise que ce genre d’épreuve isole encore plus que je le pensais. Entre ceux qui devaient être la mais ne l’ont jamais été. Ceux que je n’attendais pas et qui ont été un soutien précieux. Ceux que j’ai du consoler de pas avoir eu la force d’être là pour moi. Petit florilège de ceux que je garde, et ceux que je ne garderai pas.

C’est la faute de personne.

Je commence par rassurer tout le monde, parce qu’il y a énormément de types différents de culpabilité lorsque la mort toque à la porte. En règle générale, tout le monde s’en veut pour quelque chose à un moment ou à un autre. On s’en veut d’être là, de ne pas être là, de ne pas oser être là, d’avoir l’impression de s’imposer, de dire les mauvaises choses, de ne pas savoir quoi dire, de ne pas savoir quoi faire.

On fait tous de son mieux dans ces moments là et malheureusement il n’y a pas encore de manuel absolu et définitif de comment on est sensé se comporter.

Parfois cela entraine des attitudes ou des mots malheureux. Et pour ceux qui malheureusement ont fait les frais de mon état mental, sachez que au fond je ne vous en veux pas. Le temps passera dessus aussi. Mais comme ça m’a frappé, fait de la peine et souvent mise en colère, je me suis dit que ça ferait un article intéressant. Voire même utile.

J’ai perdu des amis, et j’en ai gagné d’autres. Je ne m’y attendais pas, ce n’est jamais venu de l’angle que j’anticipais. Voilà un petit insight au second mois de deuil.

Ceux qui veulent absolument dire quelque chose, quitte à blesser sans faire exprès.

Je commence par ce groupe là parce que j’ai entendu des phrases relativement lunaires. Et même si je comprends l’envie d’être là, de trouver quelque chose à dire, et d’être utile, il y a des choses que je n’ai pas pu entendre. Ni encaisser.

Je comprends que ça vienne d’une bonne intention, je comprends que parfois on partage des poncifs faute de mieux à offrir. Qu‘on essaie d’offrir des mots d’espoir qui aident quand on a un petit coup de mou. Dans l’absolu c’est gentil. Mais parfois on a l’impression qu’on essaie de nous consoler juste pour un petit coup de mou au travail. Ou parce que notre Iphone est tombé dans les toilettes. Ou qu’on a perdu un ami qui boude parce qu’on a dit quelque chose d’un peu bête.

Il y a des choses qui consolent facilement les « petites peines ». Les petits accrocs dans une vie somme toute confortable. « Garde espoir, ça va aller mieux. La vie est bien faite, tout finit par s’arranger. Parfois les épreuves sont un beau cadeau tu sais. « 

Oui, je sais. Peut-être que dans l’absolu la vie est belle, on s’en remet vite et bien, et puis il faut parler et s’occuper pour passer à autre chose parce que la vie continue. Que on trouve toujours la force, que le temps apaise les blessures. Puis parfois ça dérape. On entend que de toute façon, c’est des lâches les gens qui font ça. Que faut pas se culpabiliser, c’est de la faute de personne après tout. Que au fond la vie continue.

Mais non. Dire à quelqu’un qui vient de perdre une des personnes qu’elle aimait le plus au monde de pas s’en vouloir et que la vie continue, c’est pas gentil. C’est pas bienveillant. Et peut-être que dans quelques mois je serai moins en colère d’avoir entendu ce genre de choses alors que chaque jour est une lutte pour survivre et reconstruire. Moi je trouve que l’amour infini que j’avais pour lui mérite que je me donne le temps d’être triste de l’avoir perdu. De marquer la peine immense que représente son absence. Moi je veux pas entendre qu’on s’en remet. Je veux être d’accord avec ceux qui me diront qu’on a perdu quelqu’un d’extraordinaire ♥.

Alors ces gens là, j’ai dû me résoudre à les laisser partir. Fermer la porte avec un peu de colère.

Ceux qui disparaissent de peur de mal faire.

Premier degré, comme disent les jeunes (il parait), ce sont mes préférés. Parce que après deux mois, j’ai pris des nouvelles de quelques personnes. Et j’ai appris en le faisant qu’ils savaient mais qu’ils avaient tellement peur de pas savoir quoi dire qu’ils ont préféré arrêter de me parler. Voilà.

Alors, que ce soit clair, je ne leur en veux pas « fondamentalement ». La mort c’est pas facile comme sujet, et aider son prochain quand il est en détresse profonde c’est un métier et ça nécessite d’être formé. MAIS je crois que ce sont ceux qui m’ont fait le plus de mal.

Parce que en plus, quand on trouve la force de venir prendre des nouvelles, on se retrouve à les consoler de ne pas avoir pu être là pour nous. Et honnêtement, dans mon état, c’est une force que je ne peux pas trouver. Du tout.

Donc voilà. A vous qui avez préféré nous laisser penser qu’on était tout seul, que personne pensait à nous dans l’épreuve par peur de dire un petit mot de travers ou de pas savoir quoi dire. Sachez juste que « bisou », « je pense à toi », « ♥ » , un petit coucou toutes les semaines, même sans discuter, ça aurait été suffisant.

Parce que honnêtement. Que les gens qui ne savent pas ce qui se passe ne soient pas là, très bien. Mais savoir ce qui se passe, et choisir de ne pas être là parce que c’est un peu inconfortable, c’est un choix conscient.

N’ayant plus la force de consoler ceux qui n’ont pas la force d’être là. C’est également une porte que je ferme pour pouvoir me reconstruire.

Ceux qui sont là mais sans l’être.

Ceux qui font le plus mal. Qui te disent « Je suis là », mais qui ne te demandent pas comment tu vas. Ceux qui te disent « Si tu as besoin de quoi que ce soit dis moi », alors qu’on sait déjà plus trop qui on est ni comment on fait pour se lever le matin. Et qui ne te parlent plus de l’année.

Quand ce sont des gens qui sont de passage, ce n’est pas grave. Quand ça vient de personnes à qui tu tiens, c’est différent. Ce n’est pas grave, il y a beaucoup de gens qui disent des choses sans vraiment les penser. Qui posent des questions par réflexe, disent ce qu’on est sensé dire dans une situation.

Ces gens là, je les ai laissé partir également. Parce que quand ils reviendront dans 6 mois, un an, je ne serai plus la même. Et ils feront partie de ceux qui n’ont pas été là.

Ces soutiens qu’on attend pas, et qui font du bien.

Alors je sais, pour le moment cet article est un peu dur, un peu amer. Et c’est bien si vous avez ressenti ces émotions précises en le lisant. Parce que c’est exactement l’effet que ça fait. Et comme je le répète souvent, j’ai du recul, j’ai des outils psychologiques à ma disposition et j’ai étudié le deuil sous toutes les coutures. La mort et moi on se connait un peu déjà. Mais pour beaucoup d’autres, cette vulnérabilité est exacerbée, plus viscérale pour le reste de leur vie. Alors c’est important de savoir être un bon ami pour ces gens là.

Et je vais vous rassurer, en fait c’est très facile. Bon, bien entendu ça dépend de beaucoup de facteurs. Votre lien avec la personne, son lien avec la personne décédée, le caractère de chacun. Les ressources mentales et sociales dont chacun dispose. Il faut s’adapter.

Mais au final, il y a des personnes dont je n’étais pas si proche avant le drame. Des personnes que je fréquentais de plus ou moins loin, qui n’avaient pas l’air tellement préoccupés des affaires de ma vie. Des personnes qui contre toute attente ont pris des petites nouvelles régulières, ont envoyé des petits bisous et des petites images douces. Qui ont ouvert une porte pour les soirs ou j’avais vraiment besoin qu’on soit témoin de ma détresse immense. Qui ont fait des zig zag sur la route et des blagues nulles pour me faire sourire. Qui ont soutenu mes projets abandonnés au lieu de parler d’avenir. Qui ont pris une soirée pour cuisiner des quiches avec moi et parler de ce super frangin qu’ils auraient aimé connaître. Qui n’avaient rien à me dire mais qui ont trouvé des prétextes pour prendre des nouvelles en parlant d’autre chose. A mes parents aussi, qui malgré leur peine immense ont trouvé une place pour accueillir la mienne sans la minimiser. A ces amis du passé qui sont devenus des amis du présent, puis du futur en prenant la peine d’être là pour partager la mienne. A ma meilleure amie qui au final ne m’a jamais abandonnée, quoi qu’il puisse arriver. A vous tous que je ne nommerai pas, vous vous reconnaitrez. Tous ces petits mots maladroits, toutes ces tentatives d’être là, toutes ces choses banales qui ont l’air de rien quand tout va bien. Ces « Je sais pas quoi dire, j’ai peur de mal faire, mais je suis là », bah ça compte. Et ça réchauffe le cœur. Personne ne sait comment traverser ça, et personne ne sait comment accompagner ces moments. Mais votre présence elle a aidé.

Alors il ne reste plus grand chose. Mais ces gens là ont gagné une amie loyale pour le reste de leur vie. Parce que je peux vous jurer que lorsqu’on se reconstruit, lorsqu’on réussit enfin à mettre un peu de sens dans ce qui reste de notre vie, on n’oublie pas. On oublie pas qui a été là, maladroitement ou pas. Et on sera là pour vous. Pour les petites et les grandes peines, les petites et les grandes joies.

Vous, qui vous vous reconnaitrez probablement en lisant. Merci pour tout. Merci d’avoir été là à votre manière. Merci d’avoir été vous dans ce moment si délicat où j’ai perdu jusqu’à la notion de « moi ».

Je vous aime

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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