Deuil et réseaux sociaux : la spirale de l’algorithme.

A l’heure des réseaux sociaux, le rapport au deuil a radicalement changé, et comme l’algorithme vient de me rattraper j’en profite pour mettre en garde. Car oui, les reel et le contenu qu’on me propose a changé en pleine nuit, sans prévenir. Et même moi qui ai des outils à disposition et juste assez de recul sur la situation, j’ai glissé un peu sur cette pente savonneuse. Mon algorithme a commencé à me montrer des personnes qui ont perdu leur frère, puis d’autres qui voudraient le rejoindre rapidement pour que leur souffrance cesse.

Scroller pour penser à autre chose.

Ce qu’on appelle maintenant le « Doomscroll » a quelques avantages. On peut essayer de penser à autre chose en regardant des vidéos mignonnes, vides, ou encore inspirantes. Et souvent ça fonctionne. Un petit peu de dopamine, un peu de mignon, un petit sourire arraché dans un coup de déprime, c’est super.

La vie est courte, il faut en profiter pour faire des choses plutôt que de rester devant son écran on est d’accord. Mais pendant les petits pics de dépression liés au deuil on a pas souvent la force de faire quoi que ce soit. Exister devient une tâche insurmontable. Et dans ces moments là, c’est sympa de pouvoir oublier un peu tout ça pendant quelques heures en posant son cerveau et ses émotions.

Tout ça pour dire : dans ces périodes il ne faut pas se sentir coupable de « perdre du temps à scroller ». Dans ces conditions, c’est quelque chose de parfaitement normal, compréhensible, et qui peut avoir une véritable utilité. Quand la douleur est trop intense, il n’y a pas de mal à essayer de l’anesthésier en occupant son cerveau avec tout ce qui nous passe sous la main. Surtout quand les ressources sont limitées.

Le piège de l’algorithme. Des suggestions dangereuses.

Seulement voilà, et on ne peut pas s’en douter tant qu’on ne l’a pas vécu : l’algorithme adapte le contenu suggéré au fur et à mesure. Je l’ai découvert un mercredi soir, par hasard, en regardant la énième vidéo sur l’écosse de ma soirée déprime.

Parce que oui, jusque là mes soirées doomscroll étaient surtout axées écosse, recettes de cuisine, parfois des vidéos de chat. C’est pour ça que j’aimais bien scroller sans but. C’était mignon, c’était beau, et je n’avais pas besoin de mon cerveau. Et ça, quand on pense en boucle à la mort de son frère, c’est plutôt agréable.

Deux heures du matin, heure « magique »

Un premier reel instagram de quelqu’un qui parlait de son frère décédé a commencé à apparaitre. Puis un second. Puis un troisième. Et en moins de 5 minutes tout ce que j’essayais de regarder pour me changer les idées me ramenait à l’idée que j’essayais de fuir. Du plus général au beaucoup trop particulier.

La pente glissante des suggestions instagram.

Au début, on prend un petit électrochoc. Ce qu’on essayait de chasser revient au galop, sans prévenir. Et tout d’un coup, à chaque mouvement de pouce sur l’écran, je tombais sur quelque chose de nouveau qui parlait encore et toujours d’un frère disparu. J’ai pleuré. Beaucoup. Mais ce n’est pas tellement ça qui est vraiment dangereux. Non, c’est que en parrallèle, j’ai commencé à avoir également des vidéos qui commençaient à parler de suicide, de manière plus ou moins cachée.

Attention à vos proches les plus vulnérables !

Et c’est à ça que je pense surtout en écrivant cet article. Parfois, on se retrouve pris au piège des suggestions de l’algorithme, et parfois aussi, ça peut avoir de lourdes conséquences.

Même moi, ayant du recul sur tout ça et des outils de psychologie, j’ai commencé à me laisser piéger par les vidéos suggérées à la suite, en pleine nuit. Elles ont commencé à apparaitre deux semaines après la mort de mon frère, et ça se reproduit de temps en temps.

Que ce soit vous, ou un proche qui a perdu quelqu’un, gardez un œil là dessus. On a pu constater l’an dernier déjà que L’algorithme de TikTok est accusé de pousser les jeunes les plus « vulnérables vers le suicide », une enquête est ouverte par le parquet de Paris, et même si ce n’est pas forcément volontaire, ces spirales nocturnes peuvent avoir des conséquences dramatiques.

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires, avant d’être malades ou en fin de vie.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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