Un mois plus tard : le premier cap du deuil².

Voilà. Un mois pile que mon frère est mort. Je me doutais que ce jour serait particulièrement difficile à vivre. Je n’ai envie de rien, et deux mondes s’affrontent. La vie qui lutte pour reprendre son cours, et sa mort qui ne me quittera jamais. C’est un entre deux très inconfortable qu’on ne peut pas s’imaginer sans l’avoir vécu un jour. Alors je vais partager un peu mes ressentis avec vous, pour que vous puissiez en avoir une petite idée.

Premier mois de deuil, la sidération.

C’est la première étape, très souvent. On parle toujours du choc de l’annonce, mais la sidération qui le suit peut durer beaucoup plus longtemps. Une semaine, un mois, trois mois.

Une explication de la sidération : Un stress violent représente un risque vital, notamment cardio-vasculaire et neurologiques pour l’organisme par « surchauffe », ou surproduction des hormones de stress. Pour préserver la survie, le cerveau saturé fait disjoncter le circuit émotionnel et (comme un fusible qui saute) le bloque en créant un état d’anesthésies. La personne ne peut alors ni ressentir ni raisonner et n’enregistre plus ce qu’elle vit. Elle n’aura donc aucun souvenir conscient.

Et c’est vrai que j’ai été protégée plus ou moins par la sidération. Tout indique clairement que c’est vrai, que c’est arrivé. Il n’est plus là. Mais une partie de mon cerveau continue à avancer en me disant, presque tendrement, qu’il n’est pas là pour le moment mais qu’il pourrait revenir. Et c’est ça l’idée. Je sais qu’il est mort, mais mon cerveau me permet de vivre comme s’il était juste parti pour un long voyage. Comme si je pouvais l’appeler, et surtout, comme s’il allait répondre.

Un sentiment d’irréel.

Je crois que c’est ça la nuance. Tout est intégré, mais ce n’est pas encore tout à fait « réel ». Il y a toujours cette petite impression de « il va revenir ». On sait très bien que c’est terminé. J’ai veillé son corps, j’ai posé moi-même les scellés sur le cercueil. J’ai accepté son départ, et je pense souvent à lui, mais pas trop fort. Je sens bien que dès que la tristesse monte, mon cerveau lance un processus de blocage. Et je pense à autre chose. Je me projette ailleurs, je pense à un projet qui attend qu’on s’y penche. Je suis en deuil sans en avoir l’impression. Et pourtant, dès que je me frotte à l’extérieur, au monde, le poids triple sur mes épaules. Comme si ici, proche de ce qui reste de lui, il était toujours là. Mais dès que je m’éloigne de ce qui reste, tout prend corps. Surtout son absence.

La projection des angoisses sur une seule cible

C’est quelque chose de fascinant, mais toutes mes angoisses sont projetées sur une seule cible. Une seule phrase devient le réceptacle de tout ce qui me travaille en ce moment.

« Mais, et s’il se réveille ! Il va paniquer, enfermé dans son cercueil ?! »

Et c’est quand je pense à cette phrase très exactement que je sais que je suis triste, anxieuse, ou affectée, mais que mon cerveau a pris le relais pour me protéger. Toutes ces choses qui m’épuisent sans que j’y ai accès. J’ai l’impression que ça va, que je tiens le choc. Mais je sais très bien que c’est parce que tout est projeté sur une angoisse bien précise, que je connais, même sans pouvoir la contrôler. C’est un des super pouvoirs de la sidération. Il détourne notre regard le temps qu’on trouve la force de voir.

Derrière la sidération : le deuil.

Le titre est volontairement un rappel à la première partie. Ces deux éléments alternent de manière relativement chaotique. On passe de journées où l’avenir est à nous, à d’autres où plus rien n’a de sens.

Deux états peuvent coexister

Nous raisonnons naturellement de manière binaire. Le bien ou le mal. Tout, ou rien. Le verre à moitié vide, ou à moitié plein.

Mais notre fonctionnement est beaucoup plus complexe que ça. Il existe énormément de nuances dans les idées et les fonctionnements humains. Et c’est ce qui fait une partie de la beauté de la vie. Deux états peuvent co-exister en même temps. On peut être triste mais garder espoir. On peut être fort en ayant des moments de découragement. L’un n’empêche jamais vraiment l’autre.

Et j’en suis là. J’alterne entre l’envie furieuse de donner un sens à tout ça. Les projets qui permettront de faire continuer la vie et rendre hommage à la sienne. Et d’un autre côté cet épuisement qui ronge tous les aspects de ma vie. L’incapacité totale de sociabiliser, de me frotter de nouveau au monde.

Comme si je ne faisais plus tout à fait partie du monde, tout en ayant envie d’y revenir avec un regard neuf. Et après tout, c’est peut-être le cas. Parce que la mort a cela de beau qu’elle change entièrement notre regard sur la vie.

Article écrit par un humain, sans IA ni ChatGPT.

Une réponse à « Un mois plus tard : le premier cap du deuil². »

  1. merci de cet écrit qui est aidant

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner, thanadoula, et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires, avant d’être malades ou en fin de vie.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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