La leçon du décès de mon grand père : prendre le temps pour les gens qu’on aime

Je crois que maintenant que le site a été mis à jour, c’est le bon moment pour écrire un nouvel article. Ceux qui me connaissent le savent, j’ai toujours aimé écrire. Et si la peine me quitte maintenant par vagues, j’en retiens une leçon importante. Vitale. Ce sont ces 8 minutes que j’ai pris pour l’appeler, qui ont tout changé. Ce temps que je ne pensais pas avoir, et que j’ai pris malgré tout. Juste pour lui faire un petit signe. Lui dire que j’étais là. J’ai même pu lui glisser que je l’aimais. Il n’a rien su en faire, il a été surpris. Mais il est parti en le sachant. Quelqu’un avait pensé à lui dire. « Juste au cas où ». Juste au cas où ça serait la dernière fois. Parce qu’on ne sait jamais. Qu’ils meurent ou qu’ils changent de chemin. On ne sait jamais quand sera la dernière chance de dire à quelqu’un tout le bien qu’on pense de lui. Cet article là il n’est pas écrit par Chat GPT, il sera nul en référencement. Mais cet article la, il est important.

Le choc de l’annonce « Il est en réanimation »

Ceux qui me connaissent un peu le savent, j’essaie toujours de tirer une leçon ou quelque chose de constructif de ce qui m’arrive. Et soyons honnêtes, dans une vie il en arrive des choses. Un matin j’ai appris que mon grand père était entré aux urgences. Vers midi, j’ai appris qu’il était en réanimation, et que le personnel de l’hôpital nous encourageait vivement à nous préparer au pire. Que c’était particulièrement critique, et que vu son âge, son état de santé, il n’y avait que très peu d’espoir.

Le choc de l’intégration de la nouvelle.

On peut naïvement se dire qu’en étant formé au deuil, aux démarches, et à la psychologie de la fin de vie, on est bien mieux préparé que les autres. Qu’on ne cède pas à la panique, qu’on sait comment ça fonctionne. Oui. Ce sont des outils précieux et qui sont très utiles dans ces moments là. Mais comme tout le monde, l’idée de ne plus jamais pouvoir lui parler m’a traversé l’esprit. Electrocutée. Le monde s’est arrêté de tourner quelques secondes. J’ai fixé ma collègue avec le regard vide. « Il est en réanimation ».

Et je me suis effondrée au sol, dans la remise. Outre la douleur du choc, c’est une pensée qui s’est mise à tourner en boucle dans ma tête. « Quand je ne l’ai pas eu au téléphone avant-hier, pourquoi je n’ai pas insisté une fois de plus ? Rien qu’une fois. Et j’ai fait quelque chose qu’on se surprend parfois à faire lorsqu’on est désespérés : j’ai prié. Par désespoir plus que par foi. Mais si tout était perdu, j’ai prié pour avoir juste le temps de lui dire quelques mots. Même improvisés.

Le choc de l’annonce du décès.

La chance que j’ai eu dans mon malheur, c’est que même si je ne saurai jamais quoi du hasard ou du destin a répondu à mes prières, elles ont été entendues. Alors j’ai pris ce temps ! Quand j’ai su qu’il était revenu, que c’était fragile mais bien réel, je n’ai pas hésité. J’ai pris ce temps, et j’ai espéré très fort ne pas dire n’importe quoi.

Quelques heures plus tard, on me l’a annoncé, il était finalement décédé malgré les améliorations. C’est un sentiment très étrange. Sous le choc, on dissocie. Et il y a ce soulagement coupable d’avoir pensé à lui dire que je l’aimais. « Fort », pour adoucir la nouvelle. Par pudeur. Ce ne sont pas des mots qu’on avait souvent employé dans la famille. Je savais que c’était d’autant plus important.

L’après.

Je le sais pour l’avoir étudié. On oublie jamais la tristesse. On se reconstruit autour du deuil, il nous rend plus grand, mais nous marque à vie. Même si on oublie la violence de la peine qui nous traverse, il y a une idée qui reste avec nous, et qui suit notre regard. Qui habille nos pensées. On ne voit plus les choses comme avant. Il y a un grand vide derrière nous, mais aussi devant. Les regrets nous submergent. « Pourquoi je n’ai pas pris le temps de faire ça? Pourquoi je n’ai pas pensé à faire ça? J’avais le temps pourtant. Et ce qui est revenu, qui revient encore. Cette question qui me fait encore monter les larmes aux yeux, à bientôt un mois déjà de son départ, c’est tout bête :

« Pourquoi je n’ai pas fait durer cet appel un peu plus longtemps? »

Je l’avais le temps. J’aurais pu le prendre. Et tous les avant. Tous ces moments ou je suis restée dans mon quotidien, à me dire que oui. J’aurai le temps de le faire. Bientôt ! La tristesse se tasse, mais ce « pourquoi » continue à me hanter. Et si je sais que c’est trop tard pour mon grand père, ça m’a ouvert les yeux sur toutes les personnes précieuses qui m’entourent. Et pour ces gens là ce n’est pas trop tard. Alors en mémoire de lui, et de ce temps perdu. Je leur enverrai un petit message toutes les semaines. Sans rien à leur dire ! Juste pour prendre le temps, que dans leur quotidien, ils sachent que je pense à eux, qu’ils sont importants. J’aurai l’air bête, je me sentirai bête. Mais s’il arrivait quoi que ce soit, le dernier « hé, j’ai pensé à toi, tu sais ! » ne datera de pas si longtemps. Et maintenant que je connais la douleur de ces mots qu’on ne pourra plus jamais leur adresser. On ne meurt pas de se sentir bête. Mais s’ils meurent sans prévenir, ils se souviendront toutes les semaines que malgré la routine, malgré le temps qui passe, ils sont aimés par quelqu’un qui trouve que prendre le temps – pour eux- c’est important.

One response to “La leçon du décès de mon grand père : prendre le temps pour les gens qu’on aime”

  1. MERCI POUR CE TEXTE

    TELLEMENT BEAU DE SINCERITE

    JE LE RELIRAI SOUVENT

    ET SURTOUT

    JE VAIS PENSER A DIRE ………

    Aimé par 1 personne

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Qui est la veilleuse?

Je suis funeral planner et conseillère funéraire diplômée basée à Roscoff. J’accompagne les personnes qui souhaitent anticiper leur fin de vie, réfléchir à leurs directives anticipées et à leurs volontés funéraires, avant d’être malades ou en fin de vie.

Le rôle du funeral planner est d’aider à préparer l’essentiel : organiser les documents importants, faire des choix éclairés et imaginer un hommage fidèle à son histoire, dans une démarche humaine, laïque et personnalisée. Anticiper permet de réduire les angoisses, de soulager ses proches et d’éviter les décisions prises dans l’urgence.

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